Le Jardin Botanique Alpin « La Jaÿsinia », qui s’étale sur un massif calcaire de presque quatre hectares, dominant le village de Samoëns, a vu le jour en 1906. Il est l’œuvre de Marie-Louise Cogancq-Jaÿ, femme de tête et femme d’affaires parisienne, native de la commune en 1838. Cette dernière, ayant fondé avec son mari les grands magasins parisiens de La Samaritaine, souhaitait offrir à son village natal un atout touristique susceptible d’attirer à Samoëns des villégiateurs fortunés.
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Familière des milieux érudits de la capitale, Marie-Louise s’est liée d’amitié avec la famille Vilmorin et avec les frères Kahn : c’est auprès d’eux qu’elle s’est piquée de botanique et d’esthétique végétale. Son idée de développer un jardin botanique alpin à Samoëns remonte à 1903. Après une prise de contact avec la commune et de rapides négociations foncières, Madame Cognacq-Jaÿ a confié son projet à l’architecte paysagiste genevois Louis-Jules Allemand. Sur l’austère massif calcaire dominant le vieux Samoëns, Allemand allait donner corps au rêve. Pendant trois années consécutives, avec ses ouvriers, il allait végétaliser le site, pour développer un jardin emblématique de la flore alpine des cinq continents. Il créait des centaines de banquettes de culture, il cultivait des pelouses verdoyantes, faisait dériver un cours d’eau pour créer des jeux d’eau, réhabilitait les ruines de l’ancien château féodal couronnant le massif…
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D’un point de vue botanique, le parc devait se subdiviser en pas moins de vingt-sept secteurs figurant les grands espaces montagnards du monde. Des milliers de plants de fleurs, d’arbustes et de baliveaux, étaient commandés à des pépiniéristes Suisses et Allemands et mis en culture sur le site. D’un point de vue esthétique, la composition de Louis-Jules Allemand illustrait à merveille la sensibilité de la « Belle Epoque » : abandon des formules traditionnelles, attrait pour les formes organiques (Art Nouveau), souci de théâtralisation à travers l’éclairage (peinture impressionniste). Par un beau jour d’été, les couleurs et lumières de la Jaÿsnia sont dignes des plus beaux tableaux de Renoir ou de Monet… Le 2 septembre 1906, tout le Paris mondain se donnait rendez-vous à Samoëns pour inaugurer le Jardin Botanique Alpin. La presse, unanime, célébrait la beauté et l’intérêt du jardin : Madame Cognacq-Jaÿ et Monsieur Allemand avaient réalisé tout simplement… « un chef-d’œuvre ».
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Pendant une trentaine d’années, le destin de la « Jaÿsinia » était intimement lié à celui de la commune, avec des moyens souvent limités, tant sur le plan humain que matériel. John Briquet, le directeur du conservatoire botanique de Genève, attirait d’emblée l’attention sur l’immensité du travail que représentait la conservation d’une telle collection. Là où une équipe active et compétente aurait été requise, les moyens ne permettaient l’embauche que d’un seul jardinier. La mobilisation de 1914 sonnait le déclin de l’établissement. En l’absence du jardinier, le parc retournait progressivement à l’état sauvage. Les efforts menés dès 1918 ne permirent pas de faire face à la situation. Le parc alpestre sommeillait, loin de son prestige passé.
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A l’aube des années 1930, le neveu de Marie-Louise, Gabriel Cognacq, s’activait pour redonner à la « Jaÿsinia » ses lettres de noblesse. Par l’intermédiaire de ses relations, il proposait au Muséum national d’Histoire naturelle de prendre en charge la gestion et le développement scientifique du Jardin Botanique Alpin de Samoëns. En 1936, le conseil scientifique acceptait la proposition, en se faisant garantir la plus grande partie du financement par la Fondation Cognacq-Jaÿ. L’accueil de professeurs et de chercheurs détachés de ce grand établissement requérait des investissements importants. Sur un terrain voisin du parc, on construisit un bâtiment abritant des appartements de fonction, des salles de recherches ainsi qu’un laboratoire de biologie végétale. Pour renforcer l’attrait scientifique de « La Jaÿsinia », Gabriel Cognacq commanda l’acquisition d’une considérable collection d’herbiers (le grand herbier des plantes d’Europe du général Charles d’Aleizette , dont les planches les plus anciennes remontent à l’Ancien Régime !). A l’occasion de l’inauguration du laboratoire, la commune de Samoëns organisait une grande fête pour remercier la Fondation Cognacq-Jaÿ et souhaiter la bienvenue aux professeurs et aux chercheurs qui prenaient la destinée du parc en main.
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Les artisans de la « nouvelle Jaÿsinia » se nommaient Henri Humbert, Camille Guinet et Roger de Vilmorin. De grands noms de la botanique, de la génétique et de l’écologie devaient se retrouver au Jardin et se familiariser avec la vallée du Giffre, au cours d’innombrables sorties d’herborisation. Sous la houlette du Muséum National d’Histoire Naturelle, la « Jaÿsinia » a vu s’accroître sa notoriété. Son laboratoire a vu défiler des centaines d’étudiants en botanique et en biochimie, qui en ont fait un camp avancé dans l’étude et la connaissance des gentianacées, des ombellifères, des rhododendrons... L’animation du laboratoire, la présence de tous ces jeunes chercheurs, ont contribué à forger pour Samoëns l’image d’un petit campus montagnard...
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Dès les années 1960, le jardin développait sa propre graineterie : ses techniciens allaient récolter des semences de plantes et les proposer aux établissements botaniques aux quatre coins du globe... La « Jaÿsinia », lieu d’observation et de cultures, acquérait la stature de lieu d’échanges. A l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la naissance de sa fondatrice (1988), le Jardin Botanique de Samoëns faisait l’objet de nouveaux aménagements paysagers et techniques : ses allées étaient discrètement sonorisées, et un dispositif de mise en valeur lumineuse était installé afin de permettre les visites nocturnes, extrêmement bucoliques, dans le ravissement du jardin endormi.
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