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L’ancien Château de la Tour, qui dresse sa silhouette altière sur la place du Gros Tilleul, constitue l’un des éléments les plus marquants du patrimoine de Samoëns. Cette ancienne demeure, qui a abrité l’administration communale pendant plus d’un siècle, est mal connue par la population.

Mise en sommeil depuis le transfert des services administratifs à la Maison Biord (1979), le château de la Tour a conservé de son ancienne dignité deux salles d’apparat qui forment le cœur de vie publique, politique et associative de Samoëns. Un nombre important de salles, situées à l’étage et au niveau des combles, sont inutilisées et pratiquement inconnues de la population.
  


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Un édifice ancien
 
Maintes fois remanié, profondément transformé durant le XIXe siècle, le Château de la Tour ne conserve pratiquement aucun vestige de son ancêtre médiéval, dont l’existence semble remonter au XVe siècle.
Cet ancien bâtiment devait présenter une architecture plus basse et modulaire que l’actuel. Selon la tradition locale, l’ancienne maison de la tour était ceinte par deux tourelles, dont l’une aurait été détruite et l’autre intégrée dans les maçonneries modernes (1).
La configuration et les volumes de l’édifice ont donné lieu à diverses remarques et hypothèses sur son passé médiéval.
La partie arrière du bâtiment, regardant les anciennes Ecuries, est considérée généralement comme la plus ancienne. La puissance de ses murs, l’étroitesse et l’originalité de ses volumes (comme son angle creux (2) et son vestibule recourbé) suggèrent que l’édifice ait été construit sur les vestiges d’une maison particulièrement forte.

(1) CASTOR C., « Les maisons de ville de Samoëns », Traces pour Demain, Société des auteurs savoyards, Annecy, 2000.

(2) Archives communales de Samoëns. M1. Rapport du géomètre  Burnier 1843.


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Un lieu de pouvoir
 
Ancienne demeure seigneuriale devenue mairie sous la IIIe République, la maison de la Tour a toujours été un lieu de pouvoir. La date et les circonstances de sa construction nous sont hélas inconnues. Aussi haut que l’on puisse remonter dans le temps, la maison appartenait à la famille des Sires de Lucinge, et commandait un important patrimoine familial en vallée du Giffre. Cette famille, largement possessionnée dans la région, possédait un fief à Vallon, avec des terres, bois, alpages, et de nombreuses familles taillables.
En 1534, Claude de Lucinge, gravement endetté, hypothéquait la nue-propriété de ses biens, fiefs et maisons. Incapable de rembourser sa créance, il devait quinze ans plus tard se résoudre à vendre ses propriétés (3)
Un très riche et notable bourgeois de Samoëns, Charles Jaÿ, se présentait comme acquéreur. Au terme d’une succession compliquée, jalonnée de nombreux contrats, présentant des acquéreurs provisoires, Charles Jaÿ prenait possession du manoir pour coquette somme de 1.100 écus d’or. Le nouveau propriétaire pouvait s’installer au bourg et vivre à grand train : en 1561, la maison forte abritait une trentaine de personnes, dont une quinzaine de servantes et de serviteurs (4).
Ce train de vie quasi-aristocratique annonçait de grandes promotions. Pour faire croire à une illustre origine, Charles abandonnait son patronyme pour se faire appeler Charles de Gex. La noblesse faucignerane se voyait étoffer d’une nouvelle famille.

Plus heureux que les Sires de Lucinge, Charles de Gex parvînt, avec beaucoup d’intelligence, à accroître son patrimoine en rachetant tous les anciens fiefs nobles de la vallée. Par le biais de savantes alliances matrimoniales, la famille pût même entrer dans l’intimité de l’évêque François de Sales. Plusieurs fois, le Château de la Tour allait recevoir la visite du prélat et la présence de Louise Duchâtel, la « Philotée » de l’Introduction à la Vie dévote de Saint-François (5).
 
En 1622, Jacques de Gex voyait ses seigneuries de Vallon et Morillon élevées en baronnie de Saint-Christophe, et son manoir acquérir une grande position dans le pays.
 
En 1736, son arrière petite fille, Marie-Josephte de Gex apportait le château en dot à son mari Jean-Jacques de Grenaud. Leur petit fils René-Marguerite-Guillaume de Grenaud, ayant largement dilapidé les biens familiaux, vendait à son tour, le 12 mai 1812, la maison septimontaine pour 8 706 livres de France à Claude-François Deplace (6). Cet important entrepreneur originaire de Samoëns, maître d’œuvre sur les grands chantiers napoléoniens, devait laisser le château à l’abandon jusqu’à la fin de ses jours.
Son fils aîné recueillait ses biens en 1822 et entreprenait de grands travaux pour convertir l’ancienne maison forte de Saint-Christophe en maison de vacances. 
 

(3) PERRET A., « Les fiefs de la châtellenie de Samoëns », Mémoires et documents de l’Académie du Faucigny, t. XI, 1958-59.

(4) PERRET A., op. cit., p.14.

(5) TAVERNIER H., « Histoire de Samoëns », Mémoires et documents de la Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, T. XXXI, 1892.

(6) PERRET A., op. cit., p.15.

Un lieu transformé
 
Entre 1825 et 1827, le château de la tour allait être réaménagé à grands frais. La façade principale et la tour abritant l’escalier allaient être abattues pour céder la place à la façade actuelle, d’inspiration classique, avec sa porte monumentale et ses deux rangées de fenêtres. Il semble qu’à cette époque, le bâtiment ait été rehaussé sur ses quatre faces jusqu’à faire disparaître le module de l’ancienne tour Ouest et qu’enfin, la toiture ait été revisitée dans une recherche esthétique assez surprenante pour l’époque.
 
Deplace, qui vivait à Lyon et se rendait de moins en moins souvent à Samoëns, décida en 1840 de vendre le Château de la Tour. Des premiers pourparlers eurent lieu avec l’évêché qui, suite à la vente de la Chartreuse de Mélan à l’Ordre des Jésuites, souhaitait transférer son séminaire des missionnaires à Samoëns. Il n’y fut pas donné suite, et en l’absence d’autres acquéreurs potentiels, Claude-François Deplace se résolut à céder sa maison à la commune à tarif avantageux.
Cette vente devait être précédée de longs préliminaires, de rapports d’experts, des publications à la population, et d’un billet royal signé de S.M. Charles Albert autorisant les Septimontains « di acquisitare il castello della torre ». Le 9 novembre 1842, au nom de la population, le syndic signait avec le notaire Orsat le compromis de vente pour une somme de 12 .500 livres.
 


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Salle n°1

La maison forte, qui avait subi de grands réaménagements dix-sept ans auparavant, semblait être, curieusement, en très mauvais état. La charpente, fort abimée, demandait une restauration importante (7).
Le conseil syndical de Samoëns entama une réflexion pour l’aménagement du château en une confortable maison de ville : construction d’un deuxième étage, nouvelles façades, chambres, salles, latrines, le tout surmonté d’une toiture neuve et d’un fronton, dans l’esthétique néo-classique sarde. Hélas le 25 avril 1843, l’Intendant du Faucigny mit fin au rêve en refusant le projet (8).
On se tourna vers un programme d’aménagements plus sobres. Les pièces du rez-de-chaussée accueillirent la justice de paix, la salle consulaire et les services de l’administration communale, le premier étage fut destiné au logement des frères des écoles chrétiennes, et un local fut amménagé sous les combles pour accueillir les rouleaux du cadastre sarde.

(7) Archives communales de Samoëns. M1. Expertises.

(8) Archives communales de Samoëns. M1. Projets, 1842-1843.


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En 1958, tandis que Samoëns affirmait une nouvelle vision d’avenir, tournée vers le tourisme et la pratique des sports d’hiver, le Conseil Municipal décidait de moderniser l’image de sa mairie. Les efforts se portèrent naturellement sur la salle consulaire, espace symbolique de la vie publique. On fit appel à l’architecte morzinois René Faublée (9), qui signa une composition sobre et élégante, associant épicéa et pierre de Samoëns, matériaux rappelant l’économie ancestrale du pays.
A la fin des années 1970, les services communaux se trouvant à l’étroit dans l’ancienne maison forte, il fut décidé de les transférer à la maison Biord, en bordure de la nouvelle place des Dents Blanches. Ce déménagement s’inscrivait dans une profonde réorganisation du bourg, consécutive à la création d’une cité scolaire à l’extérieur du chef-lieu. Si la maison voyait s’éloigner les services administratifs de la commune, elle demeurait pleinement le cœur de la vie septimontaine, et continuait de recevoir les séances du conseil municipal, les élections, les mariages et les réunions d’associations.  

(9) Archives communales de Samoëns. Procès-verbaux du Conseil Municipal, 1958.




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Salle consulaire


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Sous toit

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