Découverte/Histoire

Histoire

De l'Antiquité à nos jours...

ZoomSceau de la ville de SamoënsAujourd’hui lorsque l’on évoque le nom de Samoëns, les premières images qui viennent à l’esprit sont celles d’un centre touristique dédié aux sports de montagne avec une belle animation été comme hiver.
Pourtant, la renommée de la commune remonte à un temps ancien. Sous l’Ancien Régime, le bourg rayonnait d’un certain prestige avec ses notables, ses écoles, sa riche vie spirituelle et ses entrepreneurs recherchés. Samoëns, la terre aux Sept Alpages, a hérité de nombreux trésors du passé. Voici un bref aperçu de sa longue histoire.

Des origines à la fin du moyen âge

Le Gros TilleulSamoëns n’est entrée dans l’histoire écrite qu’en 1167 et pourtant, de nombreux indices semblent attester des origines plus anciennes. La découverte de pièces de monnaie romaines et gallo-romaines, dans les maçonneries d’une très vieille maison du bourg[1], pourrait suggérer que les lieux aient été animés dès l’Antiquité...
Pour le haut moyen âge, les archéologues n’ont mis au jour que des tombeaux. L’une de ces sépultures, située près du village de Secouen, sur le versant ensoleillé de la vallée, contenait un grand coutelas, des agrafes et des plaques de fer[2], témoignant ici de la présence burgonde.
 
Le pays a conservé peu de vestiges médiévaux. Sous la bannière des sires du Faucigny et des souverains de Savoie, Samoëns a pourtant connu dès cette époque ses premières heures de prospérité. La paroisse n’était alors qu’une juxtaposition de territoires sans unité ni véritable centre. Elle était émiettée en fiefs appartenant à des seigneurs qui vivaient au loin, le chef-lieu n’était guère plus qu’un centre rural et toute une partie de la population semblait vivre dans une certaine autarcie.
La vie communale, à ses prémices, s’exprimait à travers de longs litiges avec les grands monastères de Sixt et d’Aulps pour des questions de propriété ou de prérogatives spirituelles.
Les libéralités du duc Amédée VIII ont marqué un tournant dans l’histoire de Samoëns. En 1435, le souverain a octoyé au chef-lieu le droit d’élire des syndics. Trois ans plus tard, il garantissait aux habitants de plusieurs villages la jouissance perpétuelle des grands pâturages frontaliers de Bostan, Folly, Chardonnière, Frétérolle, La Vouille et Odda.
Conscients d’être parvenus à un tournant de leur histoire, les Sepimontains plantèrent un tilleul sur la place du marché pour commémorer leur nouveau départ.

[1] SORET F., « Lettre aux membres de la Société d’histoire et d’Archéologie de Genève sur les enfouissements monétaires de Genève et de ses environs » in : Mémoires et documents de la Société d’archéologie de Genève, vol. 1, Genève, 1841, p. 235.

[2] BAUD H., MARIOTTE J.-Y., Histoire des Communes Haut-Savoyardes, T. III : Le Faucigny, Roanne, 1980, p.535.

Sous l’ancien régime

ZoomCardinal Hyacinthe-Sigismond GERDILAu terme d’une longue période de reconstruction, suivant les deux grands incendies de la fin du moyen-âge, Samoëns a fait peau neuve. En accordant leurs franchises aux habitants du chef-lieu, dès 1562, les ducs de Genevois-Nemours ont cherché à encourager le commerce comme ils ont favorisé l’accession du bourg à un nouveau statut.
Les efforts de la bourgeoisie locale pour réunir les fiefs, l’élévation de l’église paroissiale en collégiale, l’accès à des ressources nouvelles issues de l’émigration professionnelle, ont créé une importante dynamique pour le bourg. Samoëns a gagné un prestige politique, spirituel et intellectuel ; et sa population a pu survivre dans un contexte économique et climatique de plus en plus difficile.

ZoomÉvèque Jean-Pierre BIORDPour répondre aux besoins en numéraires, à l’instar de nombreux habitants de la vallée, les Septimontains se sont spécialisés dans les métiers de la construction. Leur activité a connu un essor considérable et leur savoir-faire s’est décliné en de multiples spécialités. Aux côtés des charpentiers, renommés depuis le moyen-âge, des maçons-tailleurs de pierre et des conducteurs de chantier se sont fait une renommée. Leur esprit professionnel, savant mélange d’entraide et de compétitivité, a porté de nombreuses familles sur les chemins de la réussite.
Pour Samoëns, le dix-huitième siècle a été un temps de prestige et de reconnaissance. Le soin apporté à l’instruction a permis d’ouvrir, pour de nombreux enfants du village, les portes des élites de l’Etat. Les Septimontains se sont illustrés dans de nombreux domaines : clergé, justice, génie civil, armée… Deux ecclésiastiques brillants, originaires de Samoëns, ont particulièrement mérité de leur patrie : le Cardinal Hyacinthe-Sigismond Gerdil (†1802), illustre théologien auteur de l’Anti-Emile, contradicteur de Jean-Jacques Rousseau ;  et l’évêque Jean-Pierre Biord (†1785), prélat d’Annecy, défenseur de la foi catholique aux frontières de la Genève réformée.
Sur le plan des institutions, la commune fédérait plusieurs territoires et plusieurs communautés rurales. Elle était divisée en sept sections qui cultivaient une certaine forme d’autonomie : la Lanche, Vigny-Mathonex, Vallon, L’Etelley, Vercland (ou section du Milieu), Bémont, et les Allamands. Jusqu’à l’issue de l’Annexion de la Savoie à la France, l’usage voudra que la population élise ou nomme ses conseillers municipaux par quartiers.
Observons aussi que le domaine de Vallon, qui a toujours dépendu au spirituel de Samoëns, a constitué une commune indépendante de Samoëns entre 1738 à 1809.

Vers un nouveau destin

Durant la seconde moitié du dix-huitième siècle, la commune s’est engagée dans un tournant irréversible que les évènements révolutionnaires n’ont fait qu’accélérer. De nombreuses familles, socialement élevées, ont rompu leurs attaches avec leur village. Le pays a perdu de son prestige passé, et le poids de l’exode a commencé à se faire ressentir.
Après une période relativement terne, la population locale a consenti des efforts pour moderniser ses activités traditionnelles ; mais le renouveau économique de la commune devait provenir du tourisme.
Développé dès la première moitié du dix-neuvième siècle autour d’une clientèle distinguée, le tourisme estival a connu un brillant essor avec le regain d’intérêt pour la marche en montagne. Le littérateur R. Töpffer a immortalisé les charmes estivaux de la vallée du Giffre ainsi que l’accueil pittoresque que l’on pouvait trouver chez les habitants de Samoëns dans les années 1820.
Quelques décennies plus tard, plusieurs montagnards chevronnés de Vallon proposaient déjà leurs services de guides de montagne. L’afflux de voyageurs britanniques et genevois encourageait les gens du pays à ouvrir des hôtels et des chambres d’hôtes.

ZoomExtrait du Messager du 1er Février 1974Au début du vingtième siècle, Samoëns s’est montrée pionnière dans la pratique du ski. Pendant trois années consécutives, de 1910 à 1912, la commune, le jeune office de tourisme et l’association Véloskimontane devaient organiser les Joutes internationales de ski, préfigurant les jeux olympiques modernes.
Ce développement touristique, précoce et de qualité, s’est vu considérablement ralenti dans l’Entre deux guerres. Ce n’est que dans la seconde moitié du vingtième siècle que la commune a retrouvé son énergie et ses moyens pour relancer son développement économique. A Samoëns, fait particulièrement remarquable, cette évolution s’est accompagnée d’une ferme volonté à conserver une agriculture forte, fondée sur des produits de la plus grande qualité.
 
La pratique du ski au plateau des Saix, le développement de Samoëns 1600, la création d’un domaine cohérent unissant plusieurs stations supposaient des remontées mécaniques d’envergure. Plusieurs générations de skieurs ont rejoint les champs de neige en télébenne, puis dans les célèbres œufs rouges de la « Poma 4 » depuis le village de Vercland, avant de concrétiser en 2003 le rêve du « Grand Massif Express », télécabine débrayable, permettant de rejoindre le plateau des Demoiselles en seulement huit minutes depuis les rives du Giffre. Samoëns était entrée dans son troisième millénaire…